Le parti
radical n'est pas un parti métaphorique. Il n'aime guère les termes usuels de
« droite dure », « gauche molle »…Les radicaux s'attachent
plus à l'oxymore, conception plus proche de l'ambivalence sociale. Disons-le
ouvertement, le parti radical est un parti oxymorique. Il est à la fois la
« gauche libérale » et « la droite social », et représente
assez clairement le « clair-obscur » du peuple français. Un des
principes philosophiques du radicalisme est la recherche de l'équilibre social,
équilibre qui se fait nécessairement entre tout ce qui est contradiction, entre
le « clair » et l'« obscur », entre le « social » et
l'« économie », entre le « rationnel » et
l'«émotionnel », entre les « idées » et les « images »,
entre la « nature » et la « technique ».
Les radicaux
ont été les premiers à insister sur le fait que les masses paysannes devaient
intégrer les institutions républicaines, que les campagnes devaient se
confronter aux villes, et non rester cloisonner chacun de son côté :
Intégration, Confrontation et Construction. Voici les trois pendants nécessaires
à un équilibre social. En 1933, on pouvait déjà entendre l'attention portée sur
l'espace rural : « A nous,
radicaux-socialistes, qui avons toujours trouvé dans les masses terriennes les
défenseurs les plus fidèles de nos idées et de nos doctrines, le même devoir
qu'hier, mais plus impérieux aujourd'hui s'impose à notre action : celui
de sauver de la ruine et de la misère les paysans qui nourrissent le pays et
savent si héroïquement le défendre aux heures d'invasion ; celui de
protéger et d'honorer notre démocratie rurale qui reste le rempart le plus
solide de la République
et de la Paix ». Les
radicaux avait donc compris la nécessité de protéger le monde rural, de
continuer à le faire exister, car il est le fruit de notre attachement à la
terre, au travail authentique, au plaisir d'être ensemble autour d'une bonne
table, et que sans la présence et la reconnaissance de cette culture rurale, la France ne pourrait jamais
trouver l'équilibre social nécessaire au bien être des français. Le ciel urbain
doit pouvoir s'accorder avec la terre rurale afin de retrouver une reliance
sociale et politique.
On a tendance
à croire, à tort, à l'existence de la perfection. Elle n'est, après tout,
qu'une chimère. Car il n'existe et n'existera jamais d'être parfait. L'être
parfait étant considérer comme l'être absolument lumineux, il ne peut
assurément exister, car ce ne serait plus un homme, mais un Dieu. Par contre,
la perfectibilité est, à raison, une réalité que l'on peut toucher. Cette
perfectibilité admet à la fois la part lumineuse et la part maudite de l'être
humain. Elle cherche plus l'équilibre entre ces deux éléments que l'hégémonie
de l'un ou de l'autre. Le problème de la philosophie des lumières, ou plutôt de
son détournement culturel, c'est que la rationalisation de l'humanité
garantirait la paix et la prospérité sociale. « La perfection révèle ses manques. Le fantasme des lumières ne
peut plus masquer que l'obscur, ou le clair-obscur sont aussi, des composantes
sociales ou individuelles, et que de ce fait, tel le refoulé, ils ressurgissent
à nouveau, avec une force insoupçonnée ». Il
faut savoir, aujourd'hui, composer avec ces éléments, afin de redonner du sens
à l'engagement politique et philosophique. Reconnaissons la présence d'un
savoir dionysien, et apprenons à faire le lien entre la raison et l'émotion,
entre l'idée et l'image, entre le contenu et le contenant.
M. Maffesoli, Du Nomadisme, Paris, Livre de Poche,
1997.
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